Bulletin n°32 - Aout/Septembre 2006
Ce numéro de rentrée est doublement dérogatoire : nos lecteurs comprendront qu’après un été où le délire israélien a relégué loin derrière tous les autres sujets de sensibilité, nous substituions cette pleine page à l’habituelle présentation de billets divers. L’autre dérogation tient au devancement de sortie de ce numéro. L’AIJD a justement estimé nécessaire de convoquer une conférence urgente et exceptionnelle sur « La dégradation au Moyen Orient, le Droit international et nos tâches.» et a fait l’honneur à DS de lui en demander l’organisation. Elle aura lieu à la salle des conférences de la Ville de Bagnolet les 26 et 27 aout. Il nous a paru élémentaire, alors que nous n’avions, comme d’habitude, pas publié de numéro d’aout, de devancer de quelques jours celui de septembre pour qu’il soit, en guise de bienvenue, sur les tables de la conférence.
Hommage à la conférence de l’AIJD sur la dégradation au Moyen Orient, le droit international et nos taches.
IL ETAIT UNE FOIS …..UN DROIT INTERNATIONAL
Le Droit est une règle commune, universelle et égale. Pendant des millénaires, ce qu’on appelait « droit international » n’en était pas, puisque régissant seulement les rapports de puissances se partageant les richesses matérielles et humaines. La SDN elle-même n’était rien autre. En 1945, pour la 1ère fois, la Charte des Nations Unies dote le Monde d’une loi internationale. Proclamant la maîtrise des Peuples unis dans l’exercice de leurs compétences territoriales respectives, leur obligation de respect mutuel, l’égalité des nations grandes et petites, elle crée une organisation où les Peuples, par leurs gouvernements « unissent leurs efforts ». Mais les rapports de puissance ont la vie dure,et, après que pendant 50 ans le rapport Est-Ouest en ait en partie occulté l’enjeu, tout est fait, manipulation, marginalisation, blocages, pour récupérer l’Organisation à l’intérieur de la logique des vieux rapports de puissances au détriment de ce droit international naissant et ce n’est pas l’un des moindres aspects de la « crise « du Moyen-Orient :
L’art. 2.4 de la Charte dispose que « Les membres de l’Organisation s’abstiennent dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l‘emploi de la force »
Israel n’en a cure et se maintient depuis un demi-siècle dans des territoires occupés par la violence et au mépris des droits de leur peuple.
Pour bombarder le Liban, Israel a invoqué sa prétendue « légitime défense ».Mais, outre que la presse a pu préciser que la police libanaise indiquait que les soldats israéliens avaient été appréhendés sur territoire libanais, la « légitime défense » suppose d’être victime d’une agression armée, c’est-à-dire de la violation de l’art.2.4 par le Liban, ce qui n’est évidemment pas le cas. D’autre part une défense ne peut être « légitime » que si elle est proportionnée à l’attaque, ce qui n’est évidemment pas le cas non plus. Mais de tout cela non plus Israel n’a cure. Et l’insolence de la brutalité israélienne défie ouvertement les plus élémentaires lois de la guerre. On a pu entendre sur les ondes françaises un officier israélien dire que le Hezbollah étant parmi les civils, il était normal de bombarder les civils. Ainsi, comme les américains avaient au Vietnam recouru aux « défoliants », Israel passe à l’utilisation des « dépeuplants».
Or,missionné par le chapitre VII pour mettre un terme aux violations du droit international, le Conseil de Sécurité s’en est obstinément abstenu parce que les USA s’y opposent. Pourtant l’art. 24.2 de la Charte dispose qu’il a mission de faire respecter les principes qu’elle institue. Il en découle qu’un veto qui s’oppose à cette mission ne peut avoir aucun effet
Mais au rassemblement mondial des nations contre la domination du maître américain, les autres membres permanents préfèrent se concerter avec lui pour l’amadouer. Le Conseil est réduit à ne plus être qu’une chambre d’enregistrement de leurs compromis. le concert des 5 remplace celui des peuples,.et les marchandages se substituent à la légalité. Et le voilà maintenant qui, contraint d’ordonner un cessez-le-feu, l’assortit de motivations et de mesures accréditant la thèse « défensive » d’Israel, qui n’y reçoit pas la moindre admonestation
La Charte n’aura-t-elle été qu’un pétard mouillé ? Et perdus les enseignements de la tragédie de 39-45 qui l’avait générée ? Sommes-nous retombés en continuité avec le Moyen-Age ?
Le constat est évident : le Droit international est au placard. Mais faut-il en prendre son parti ? La loi est piétinée, oubliée, défiée, mais elle existe en capital provisoirement en jachère. La Charte en mettait la floraison entre les mains des peuples. Il leur appartient de la brandir, et pour cela de la connaître, et il nous appartient à nous de la leur donner à connaître et à saisir, afin qu’ils gagnent un jour enfin la bataille de civilisation dont elle est l’enjeu Nous devons avoir colère, esprit de responsabilité, et non désespérance.
LES CHATS NE SONT PLUS DES CHATS
L’hebdomadaire « Marianne » a affiche un numéro de cet été sous l’annonce de la « catastrophe » au Liban. D’autres parlent de « conflit israélo-palestinien », d’autres de « règlement entre les parties », comme si un crime était une « catastrophe » et si l’on pouvait parler de « conflit » et de « règlement » entre un agresseur et sa victime. De quel bois est donc faite cette langue qui ne peut plus appeler un chat « un chat », un crime « un crime » et des complices « des complices » ?
INDECENCE
Comment qualifier autrement la manière dont les medias ont traité le passage de pouvoirs de Fidel Castro, que ce soit l’écho fait aux manifestations de joie nécrophage des émigrés de Floride, et aux semblables spéculations Bushiennes, ou simplement les morbides spéculations de tant d’autres, plus généreux en qualificatifs infamants, retenant seulement les dérapages qu’a pu générer un constant état de siège, qu’en hommage à la manière dont ce petit David a collectivement en tant que peuple tenu tête depuis un demi-siècle à cet état de siège du Goliath voisin, et donné ainsi à penser que quelle que soit l’aura d’un homme,l’avenir n’en est pas en son unique dépendance. Les pourfendeurs de castrisme peuvent festoyer et spéculer, mais il n’est pas audacieux de penser que les lendemains pourront les faire déchanter.
Une gratuite qui n’est pas gratuite
Voici donc un nouveau journal gratuit, C’est le soir que celui-ci se distribue aux entrées du métro parisien. Il est clair que, avec seulement plusieurs journaux gratuits du matin, il y avait, pour le conditionnement permanent de l’opinion publique, même avec la permanence de l’état de siège audio, un vide à combler. La boucle est ainsi bouclée de l’encadrement médiatique du citoyen. Ah ! mais, ce n’est pas une presse d’opinion ; C’est donc une presse neutre et objective. Voilà comment, sous la mystification de la neutralité et de l’objectivité, on s’assure le contrôle des consciences. Etonnez-vous donc qu’ils puissent fonctionner grâce au financement publicitaire que les mêmes annonceurs refusent à la presse de (mauvaise) opinion.
ANNIVERSAIRES : LES PACTES DE 1966
En 1996 déjà, DS avait organisé une réunion pour célébrer cet anniversaire, et plus particulièrement celui du Pacte sur les Droits économiques sociaux et culturels.
Cela ne signifiait pas une moindre attention à celui sur les droits civils et politiques, mais une volonté de rappeler que celui-là existe aussi, tant il était peu connu. Il faut savoir que les Etats-Unis ne l’ont pas ratifié en considérant que ce ne sont pas des Droits de l’Homme. Et l’on sait les difficultés rencontrées pour intégrer timidement ces droits dans la Charte Européenne, qui d’ailleurs n’intègre pas le Pacte. Ce ne sera sans doute pas un des moindres objets de notre journée du 14 octobre
PROPICE AUX MAUVAIS COUPS
Il en est ainsi toujours du mois d’août car même si tout-le-monde ne part pas en vacances, il en est suffisamment pour avoir le champ libre. Et quand l’actualité apporte de quoi retenir l’attention ailleurs, quelle aubaine pour les malfaisants sociaux ! Nous ne tomberons pas dans le piège, et n’oublierons pas ce qu’a fourni ce mois-ci cette actualité-là : comment ont sévi le Sarkozisme contre les sans papîers, le Medefisme dans les entreprises, les tentatives de fermeture surprise, les licenciements massifs à la sauvette,.mais non sans noter les réactions que cela a suscitées de la part de ceux dont la vigilance n’était cependant pas relâchée, et les succès obtenus.
ANNIVERSAIRES : INSTALLATION DE L’ONU - PROCES DE NUREMBERG Deux quasi-jumeaux que l’actualité oblige à célébrer en une seule évocation commune : Il était d’usage depuis1956 de célébrer la première, ce qui n’était pas sans poser problème, dans la mesure où privilège était donné à cet anniversaire sur celui des années en 5, celui de la signature de la Charte dont l’Organisation ne devait être que l’instrument. Il est vrai que la Charte mettait le Droit International entre les mains des Peuples, dont les gouvernements étaient censés n’être que les mandataires. L’Organisation, par contre, pouvait leur être soustraite pour n’être qu’un instrument de puissance sur les peuples. Et voilà que pour son 60è anniversaire l’ONU s’illustre par une résolution de son Conseil de Sécurité qui s’avère ne plus être que la chambre d’enregistrement des compromis entre puissances, tandis que le droit proclamé par la Charte est mis au placard. Belle célébration d’anniversaire !! Quant au jugement de Nuremberg, qui ne condamnait pas seulement l’holocauste, mais la commission massive de crimes de guerre, et le crime d’agression, on avait pu penser qu’il avait enrichi le droit international d’une jurisprudence généralisable. La manipulation du Conseil de Sécurité par les compromis de puissances l’enferme dans le même placard que la Charte. Bon anniversaire aux deux jumeaux ! Les criminels peuvent dormir tranquilles.. Sauf si les peuples enfin parviennent à prendre les commandes que le Droit met entre leurs mains pour sa sauvegarde et la leur.
En guise de préparation de la journée d’étude du 14 Octobre sur « Le Droit entre régression et progrès ».
DROIT ET MORALE
En cours de 19è siècle, le positivisme avait été salué comme un progrès libérant le droit de l’imposture selon laquelle les rapports fondés sur la propriété et la religion étaient un « droit naturel ». le positivisme aussi fait problème. Dire que le droit doit être appliqué par le seul fait qu’il est proclamé par la loi et que cela lui donne brevet de volonté sociale conduit à se dépouiller de toute critique de la loi, pour faire du droit une légitimation de docilité « civique ». La loi fasciste était du droit, et le positivisme conduisait à se résigner à la respecter comme telle. Cela a facilité la conscience qu’il peut y avoir du bon droit et du mauvais, non pas en fonction de ses qualités techniques mais de repères de valeur. Et ceux-là ne sont pas les mêmes pour tous. Chacun a sa morale sociale, et ainsi revient la morale, non plus comme légitimation du droit au pouvoir mais comme motivation critique rappelant qu’entre les repères « moraux » (et non « moralistes » des uns et des autres le droit est un combat.
DROIT ET JURIDISME
Du Droit, on peut dire que le juridisme est la caricature, que Molière aurait pu mettre dans la bouche de « Diafoirus » du Droit. Est-on vraiment juriste quand on en limite la discipline et la culture au maniement le plus habile des textes ? quand on s’enlise dans la conviction que, parce que le Droit dit ceci ou cela, on ne peut pas se voir donner tort ? N’est-ce pas d’abord oublier qu’aucun texte n’a de valeur que par la lecture que l’on en fait, et que l’on met en relation avec d’autres textes. Y a-t-il des textes qui puissent avoir en eux seuls et par eux-mêmes l’effet magique de leur propre pouvoir, s’ils ne sont pas mis en concordance avec leur contexte et ses valeurs ?
QUELLE SUPREMATIE DU DROIT INTERNATIONAL ?
Depuis l’avènement d’un droit européen, il est courant d’invoquer cette prétendue règle de suprématie .Mais que faire alors quand la règle européenne est rétrograde au regard de la règle nationale ? N’est-elle pas alors mise en échec par le principe même que l’on invoque à son bénéfice ? Et la suprématie du Droit régional ne doit-elle pas elle-même s’effacer devant celle d’un droit mondial ? Celui-ci comporte tout un patrimoine moderne de textes clairs : les déclarations de droits notamment. Mais il y en a un qui semble encore supérieur, qui est la proclamation par la Charte des Nations Unies du Droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes, Comment pourrait-on dès lors leur retirer par la vertu d’un droit régional moins avancé des conquêtes qu’il s’est assurées avec une valeur d’ordre public ? Et s’il devait y avoir débat sur ce qui constitue des valeurs de progrès, au moins devrait prévaloir ce dont les peuples enrichissent leur droit national quand cela est consacré comme tel par les Pactes de 1966 sur les droits civils et politiques et sur les droits économiques, sociaux et culturels.
DROIT CONFISQUE ET DROIT PARTAGE
Un droit démocratique ne peut pas être un droit imposé. Dès lors il ne peut pas être un domaine de mandarins. Un droit ésotérique est forcément un droit retenu, confisqué. Un droit démocratique est celui que chacun peut aisément connaître et utiliser. Et l’alibi selon lequel la technicité moderne exigerait sa complication n’est qu’un mauvais prétexte à cette confiscation. Les juristes démocrates s’honorent à se revendiquer d’une volonté de droit partageable.
DROIT ET EDUCATION
Si le Droit ne doit pas être un domaine retenu dont les juristes seraient les grands prêtres initiés, cela suppose que l’école qui forme les futurs citoyens assume leur formation aussi dans ce domaine. Pour former des citoyens, le droit devrait être au programme comme la langue maternelle et le calcul élémentaire non pas pour en apprendre les textes mais en recevoir la culture Et pour cela il faudrait qu’il soit aussi, de cette bonne manière, au programme de la formation des enseignants.
« SOUS LE REMBLAI RECENT CHERCHER LE BON SOL »
Ceci est une règle d’or des constructeurs. Il est certainement utile aux praticiens du Droit de faire leur cet adage. En effet, le remblai récent y abonde tellement que le bon sol a pratiquement disparu et qu’ils ont peine à l’y retrouver…quand seulement ils en soupçonnent l’existence. Pourtant c’est le remblai récent qui, de loi en décret, de décret en annexes, de rectificatifs en compléments, fait qu’à la règle « nul n ‘est censé ignorer la loi » se substitue cette réalité que « nul (même un juriste) ne peut être censé connaître la loi » Le foisonnement de textes détaillés tendant à donner à toute formalisation de normes l’étroitesse réglementaire rend imprévisible l’interprétation qu’en fera telle ou telle juridiction à une échéance inconnue, et l’insécurité juridique devient totale. La seule sécurité alors est de fonder sa lecture….sur les critères commandés par le bon sol, c’est-à-dire les repères fondamentaux.
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De l’AIJD et d’ailleurs
On rend compte
Les mois de juillet et d’aout ont été bien remplis par DS :
Le 12 juillet nous avons reçu Mrs Claudia Morcom, juriste venue des Etats Unis, en mission du Meckeljohn Institute et de la National Lawyers Guild avec le soutien de l’AIJD, présenter au Comité des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève une critique du rapport officiel des Etats-Unis sur les Droits de l’Homme
Les 20 et 21 juillet, France Weyl s’est rendue à El Ayoun (Sahara Occidental) comme observateur de DS et de l’AIJD à un procès de militants sahraouis et en a rendu compte à son retour à une réunion organisée à la Maison de l’Avocat
Mireille Mendes-France a représenté DS dans la délégation inter-ong au Liban et en a fait rapport dont la diffusion est en cours
Enfin, DS, qui participe assidûment au Collectif National sur la Palestine, a préparé la conférence de l’AIJD sur la dégradation de la situation au Moyen-Orient qui se tient à Bagnolet es 26 et 27 août
L’AIJD a publié au fil des évènements des déclarations condamnant les agressions israéliennes contre Gaza puis contre le Liban, ainsi qu’une critique du caractère orienté de la résolution du Conseil de Sécurité sur le cessez le feu Elle s’est adressée aux magistrats libyens en faveur de l’acquittement et de la libération immédiate des personnels médicaux bulgares condamnés à mort pour avoir inoculé le sida à 400 enfants alors que les experts internationaux ont démontré que le virus avait été introduit avant leur arrivée. Elle appelle également à la solidarité avec les 5 cubains de Miami, condamnés à de lourdes peines pour avoir entravé l’action des terroristes anticastristes basés en Floride, dont le jugement avait été annulé en aout 2005 par 3 juges d’Atlanta que vient de désavouer une décision de la session plénière de cette juridiction De nouveaux recours sont à prévoir qui requerront notre action de solidarité...
On annonce
Ces 26 et 27 août à la salle de conférences de la mairie de Bagnolet la conférence de l’AIJD sur la dégradation de la situation au Moyen Orient, le Droit International et nos tâches.
Le 14 octobre, à la mairie du 3è arrdt de Paris la journée d’études de DS sur « le Droit entre régression et progrès » Déjà nous sont parvenues plusieurs annonces d’interventions dont la diversité de domaines répond à notre vœu de faire un débat interactif interdisciplinaire. Nous espérons en recevoir nombre d’autres avec la rentrée. Abondance ne nuira pas : si la journée n’y suffit pas, nous « rebondirons » dans une journée ultérieure.
Du 16 au 22 octobre, « votation citoyenne » à l’initiative de la LDH pour le vote des étrangers
Les 7 et 8 novembre, à Moscou conférence internationale pour le 60 è anniversaire du jugement de Nuremberg
Pas de quoi rire
Début juillet est apparue dans les voitures du métro parisien une nouvelle affiche publicitaire, luxueuse et sous cadre vitré, du «Wall Street Institute» où l’on peut lire « Trois mots ont suffit » Il est clair qu’on ne peut pas demander à ceux qui enseignent l’américain sous la bannière de Wall Street de savoir aussi cette langue de primitifs qu’est le français ;
DS n’est pas Cresus ! Pour ce bulletin, nous devons payer les photocopies et les timbres. Les 10 euros de soutien que nous demandons ne sont qu’à peine le remboursement de ce que nous coûte annuellement le service d’un exemplaire. Merci à ceux qui ne l’ont pas fait de penser à envoyer leur chèque à Raoul Brondy, 41 allée des Ormes Le Perreux (N.B. ces 10 euros sont compris dans les 50 euros d’adhésion à DS)
